"A compter de ce jour jusqu'à la fin du monde, que l'on se souvienne de nous à cette occasion, de nous, frères d'armes…"
William Shakespeare, Henri V, acte IV, scène 3.
Sur les innombrables sites consacrés à la série, on apprend généralement que c'est Tom Hanks qui a eu l'idée de la série après avoir lu le livre de Stephen E. Ambrose. Il aurait réussi à convaincre Steven Spielberg de produire la série. Même force de persuasion auprès de HBO qui aurait débloqué un budget colossal (120 millions de dollars semble-t-il). On sait, depuis
Il faut sauver le soldat Ryan et
La liste de Schindler que les deux cinéastes aiment cette période de l'histoire.
Stephen E. Ambrose, dans la préface de son livre (réédité suite au succès de la série) le laisse également entendre. Hanks et Spielberg auraient participé en juin 2000 à l'inauguration du National D-Day Museum. "Les stars étaient devenues de simples fans", note simplement l'historien [Ambrose, 2002, p. 7]. Dans une interview accordée à la BBC, Tom Hanks déclare qu'il est "fasciné par cette période". Selon lui, les vétérans de la Seconde Guerre Mondiale représentent la "plus grande génération".
La première s'est déroulée le 6 juin 2001 en Normandie.
Band of Brothers a été diffusé sur HBO aux Etats-Unis et sur la BBC2 au Royaume-Uni. La RTBF, chaîne publique belge, l'a programmé en juin 2002. France 2, chaîne publique française, a débuté la diffusion peu après durant l'été 2002.
En Europe, le coffret DVD de
Band of Brothers est sorti fin novembre 2002. La première version compte 5 DVD et reprend l'intégralité de la mini-série. La seconde comprend, en plus, un CD de bonus :
We Stand Alone Together : The Men of Easy Company (témoignages des survivants),
The Making of Band of Brothers,
L'Avant-première en Normandie et le
Carnet de bord vidéo de Ron Livingston (l'acteur qui incarne Lewis Nixon). Les deux éditions reprennent la version intégrale de la série (France 2 en a censuré certains passages). Elles sont en format 16/9 alors que France 2 avait recadré la série.
Au rayon merchandising, nous épinglerons également le CD qui reprend le générique de la mini-série et les différents thèmes entendus lors des épisodes.
Compagnie E (“ Easy), 506è régiment, 101è aéroportée
Band of Brothers met en scène les membres de la compagnie Easy. En 1942, 140 Américains (132 soldats et 8 officiers) se portent volontaires pour faire partie des troupes aéroportées. "Ils ne savaient pas grand chose sur les troupes aéroportées, sinon qu'elles étaient de création récente et constituées uniquement de volontaires", rapporte Stephen E. Ambrose [Ambrose, 2002, p. 13]. "Le magazine Life avait fait un article sur les parachutistes au début de l'année 1942. L'article parlait de leur entraînement, des conditions physiques qui étaient exigées et j'ai voulu savoir si je pouvais devenir parachutiste", déclare C. Carwood Lipton dans le documentaire
We Stand Alone together : The men of Easy Company.
En prologue du premier épisode, l'un de ses compagnons d'armes raconte comment il a été enrôlé. “ On nous a dit : "Sautez de l'avion, vous sautez pour combattre l'ennemi." On a dit : "Allez au diable !" Personne n'a levé la main. Je ne sais plus comment s'est venu… Mais le type a ajouté : "Vous gagnerez 50 dollars de plus par mois." Donc ça faisait 100 dollars par mois. ” Il a levé la main. Les survivants de la Easy racontent que, quitte à faire la guerre, ils avaient voulu la passer dans les meilleures unités, avec des hommes sur lesquels ils pourraient réellement compter. Comme disait Donnie Walhberg (je pense) dans le making of de la série : "ils ne diront jamais eux-mêmes qu'ils sont des héros, ils disent qu'ils ont fait leur devoir. `Je n'ai pas fait ces choses pour les médailles ou les honneurs. Je les ai faites parce qu'il fallait les faire´" [un des soldats dans le prologue du premier épisode].
La Easy a été de tous les fronts durant la Seconde Guerre Mondiale et donc de toutes les souffrances, de tous les coups héroïques et de tous les records de pertes humaines. "Les pertes subies par la compagnie se sont élevées à près de 150 % de l'effectif de départ. Parvenue à son maximum d'efficacité, en Hollande, en octobre 1944, et dans les Ardennes, en janvier 1945, c'était une des meilleures unités d'infanterie au monde" [Ambrose, 2002, p. 11].
Grâce à la minutie sadique du lieutenant Herbert Sobel, les hommes étaient très bien entraînés. Toujours mieux, toujours plus forts, toujours meilleurs que les autres semblait être le mot d'ordre. Cela pouvait être perçu comme des bravades un peu gratuites avant la guerre. Par exemple, sur les ordres du colonel Sink, les hommes ont relié Camp Toccoa à Fort Benning à pied : une marche de 190 km en trois jours. Le colonel avait lu dans le
Reader's Digest qu'un bataillon japonais avait établi le record mondial en parcourant 150 km en trois jours. "Première revanche sur Pearl Harbor", déclare Forrest Guth [De Trez, 2002, p.8]. Sur le front, c'est probablement cette qualité de l'entraînement, l'obéissance aux supérieurs, la mentalité d'élite qui a permis à la plupart d'entre eux de survivre.
"Quand j'ai reçu l'ordre d'attaquer Foy, ça m'a foutu en rogne, se souviendra Winters. J'avais du mal à croire qu'après tout ce que nous avions fait et enduré, toutes les pertes que nous avions subies, ils nous demandent encore de l'ancer une attaque." [Ambrose, 2002, p. 248] La réaction est pratiquement identique quand on envoie la Easy à Haguenau en Alsace. "Il n'y a donc personne d'autres dans cette armée pour boucher les trous !" [Ambrose, 2002, p. 260]. Les hommes venaient de subir l'offensive des Ardennes, auparavant ils avaient été parachutés sur la Normandie et la Hollande. La Easy a souvent été choisie pour les missions délicates. Pour constituer cette équipe d'élite, la sélection a été draconnienne. "En ce qui concerne le 506ème régiment d'infanterie parachutiste, il fallut tester 500 officiers et sous-officiers pour en choisir 148, et mettre 5300 hommes à l'épreuve pour en sélectionner 1800." [Ambrose, 2002, p. 15]
Personnification
Les grandes fictions ont besoin de héros bien identifiés. C'est ce qu'on appelle la "personnalisation" en communication. Une cause passera mieux dans les médias si elle est incarnée par des personnages auxquels on peut s'identifier. Cela marche aussi bien pour les reportages que pour les séries. Tom Hanks et Steven Spielberg le savent. "Ce que nous avons essayé de faire dans
Band of Brothers c'est de mettre de l'humanité, ce n'est pas juste une suite, un mythe revisité en noir et blanc, mais une histoire qui résonne en chacun. Je veux que les spectateurs puissent se reconnaître dans ces hommes. Ils ne sont pas justes des héros mythiques".
"L'histoire n'a pas beaucoup d'impact si vous donnez juste un tas de dates et de manœuvres militaires. C'est bien plus efficace quand on met en scène des personnes réelles et quand le réel coût humain est évident", ajoute Damian Lewis.
Stephen E. Ambrose leur a mâché le travail. "Ce qu'ils ont aimé dans
Frères d'armes, c'est l'envergure du sujet -pratiquement la totalité de la campagne de Europe du Nord- mais plus encore le fait que j'aie choisi de focaliser mon attention sur une compagnie d'infanterie légère tout à fait exceptionnelle, et sur la personnalité et les actions des hommes qui la composaient. Comme moi, et comme beaucoup de lecteurs, ils ont été attirés par cette personnalisation" [Ambrose, 2002, p. 8].
Pourquoi Stephen E. Ambrose s'est-il centré sur la Easy? Un peu par hasard, il a rencontré ces hommes alors qu'il effectuait des entretiens sur le Jour J. Richard Winters en personne a suggéré à Stephen E. Ambrose que l'histoire de sa compagnie ferait un bon sujet de livre. "Mais il y avait un élément beaucoup plus convaincant encore : il existait entre les quatre anciens de la compagnie E (Richard Winters, Forrest Guth, Carwood Lipton et Walter Gordon que l'historien avait invités à dîner pour parler du débarquement.) qui étaient assis autour de la table lors de ce dîner une intimité que j'avais rencontrée très rarement en vingt-cinq ans d'interviews. Tandis qu'ils parlaient des autres membres de la compagnie, de leurs diverses réunions au cours des décennies passées, il me paraissait évident qu'ils étaient demeurés des frères d'armes. Bien qu'éparpillés à travers tout le continent nord-américain et outre-mer, ils connaissaient les épouses de chacun, leurs enfants et petits-enfants, leurs déboires et leurs succès. Ils se rendaient visite régulièrement, gardaient le contact en s'écrivant ou se téléphonant, et s'entraidaient en cas de besoin. Ils n'avaient pourtant en commun que leurs trois années de guerre et s'étaient trouvés réunis un peu par hasard. J'étais très curieux de savoir comment une telle intimité avait pu naître entre eux. C'est quelque chose que toutes les armées du monde, au cours de l'histoire, ont toujours rêvé de créer, mais n'ont réussi que très rarement et jamais aussi bien que dans le cas de la compagnie E. La seule façon de satisfaire ma curiosité était de faire des recherches et d'écrire l'histoire de cette compagnie" [Ambrose, 2002, p. 362].
Stephen E. Ambrose a consulté des ouvrages qui traitaient de la 101ème aéroportée, notamment
Rendez-vous with Destiny de Leonard Rapport et Arthur Northwood. Il a rencontré les survivants, lu leurs journaux intimes, lettres, coupures de presse, récolté les mémoires de guerre de David Webster (un des soldats de la Easy).
La série Frères d'Armes (Band Of Brothers) est © Dreamworks/HBO. bob.afds.org et l'ensemble de ses pages sont uniquement informatifs. Ce dossier ne peut être vendu, copié, publié, édité sans l'autorisation écrite de ses auteurs. L'émission "Aux Frontières des Séries" est © AFDS.org/Kprod.be. Toute copie partielle ou totale de l'émission est interdite. Les quelques reproductions et les génériques qui agrémentent bob.AFDS.org ne sont là qu'à titre illustratif, ils sont © par les studios.