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1ère partie:
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Easy Compagny
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Analyse - 1ère partie : Réalité/Fiction

Juillet 1942 – 31juillet 1945 : réalité/fiction
La Easy compagnie a été crée en juillet 1942 à Camp Toccoa. Elle sera mise en inactivité, avec le reste de la 101ème aéroporté le 30 novembre 1945. La mini-série exploite la totalité de ses trois ans d'existence. Les scénaristes ont ainsi conservé la structure du livre de Stephen E. Ambrose : Camp Toccoa et les différents camps d'entraînement des USA, Aldbourne et l'Angleterre, la Normandie, la Hollande, Mourlemon, Bastogne et les Ardennes belges, la campagne Allemande vers Berchtesgaden, l'Autriche et l'après-guerre. L'importance de ces épisodes au sein de la mini-série n'est pas égale.

Les scénaristes évacuent, par exemple, rapidement la préparation à Camp Toccoa et ne font qu'évoquer les autres camps. Les faits porteurs visuellement et dramatiquement ont évidemment été privilégiés (avec plusieurs épisodes uniquement centrés sur la campagne des Ardennes). Ils racontent une histoire qui doit maintenir l'attention du téléspectateur pendant 10 heures. Stephen E. Ambrose avait quant-à lui une démarche d'historien. Il a traité le plus exactement possible, le plus exhaustivement possible tous les faits vécus par les soldats. Son livre est souvent éclairant pour le téléspectateur. Il permet de comprendre ce qui n'est que sous-entendu par la série. Il explique les liens entre les différents fronts où a combattu la Easy. Cela n'est pas toujours clair dans la série.

La démarche "historienne"
La relation des faits se voulait "historiquement correcte". Tom Hanks précise : "Il y a deux types d'authenticité. Ce qui est relativement facile ce sont des choses comme s'assurer que les boutons d'uniformes sont bons, que les munitions sont correctes et que les lieux ressemblent à ceux des photographies. Ce qui est plus difficile est la motivation et la nature de l'interaction entre les personnages. Nous nous efforçions toujours à chaque moment de chaque page du scénario de vérifier l'authenticité. On se disait : "Bon, si on ne peut être certain de ce qu'ils ont dit et fait à un moment donné, nous devons au moins capter la réalité émotionnelle de l'instant".


Et les boutons d'uniformes concordent ! Les décors, les costumes, les accessoires, les armes, etc. sont identiques à ceux de l'époque. Une reconstitution rigoureuse confirmée par Jean-Michel Delvaux, passionné de l'époque et webmaster du site www.ardennes44.be. Dans un mail, il souligne ce sens du détail de la série. "En ce qui concerne la série Frères d'armes, elle est très bien faite pour la réalité historique (à une ou deux exceptions près) ainsi que pour les décors exceptionnels. Un exemple : en ce qui concerne le matériel, Spielberg et Hanks ont tout fait pour ne pas que le téléspectateur remarque les incompatibilités historiques. Les chars allemands utilisés m'ont bluffé. Le plus difficile pour un char, c'est de changer le train de roulement. Or, ils ont poussé le réalisme jusqu'à découper un char actuel, le rallonger, le ressouder pour avoir le nombre de roulements de chenilles exact et identique au même modèle de la guerre. Ils ont également complètement refaçonné le blindage actuel pour en faire un véhicule à 99,9% identique au modèle réel. Certains autres films se contentent de chars actuels américains en rajoutent une balkenkreuz sur la tourelle et puis c'est tout."

Le making of de la mini-série (édition DVD) revient sur cette histoire de char. Alan Tomkins, le directeur artistique qui s'occupait des véhicules explique qu'ils ont loué 4 chars pour la série et qu'ils en ont construit 6. Le char Tiger a été conçu sur le châssis d'un T-34 auquel ils ont ajouté des roues et des enjoliveurs. Pour les Panzerkampfwagen III, ils se sont servi des transporteurs blindés britanniques. Leurs petites roues semblaient idéales. Mais il n'y en avait que 5 alors que les chars en avaient 6. Ils ont donc coupé et allongé le véhicule et ils ont reculé le moteur. Le dressing room de la production est également impressionnant : 2000 uniformes américains et allemands, 500 paires de bottes de parachutistes, 12 000 vêtements civils de l'époque. Le tout pour habiller 10 000 figurants et 500 rôles parlants. Pendant le tournage, 700 armes d'époque et 400 faux fusils tiraient 14 000 balles par jour !

Inutile de préciser que les scènes de batailles n'ont pas été filmées sur les lieux historiques. L'arrière pays normand, la Hollande, Bastogne ne ressemblent plus aujourd'hui à ce qu'ils étaient jadis. Les pylônes électriques, les routes "gâchent" le paysage. Les monuments et mémoriaux de tout genre font un peu anachroniques ! C'est en Angleterre que les théâtres des opérations ont totalement été reconstruits dans un domaine de 440 hectares (5 fois plus que pour le film Il faut sauver le soldat Ryan). Le village de 5 hectares a été modifié 11 fois pour représenter 11 lieux d'opérations européens. Des centaines d'arbres réels et 250 faux ont été nécessaires pour reconstituer la forêt ardennaise dans un hangar.

Stephen E. Ambrose confirme : "Ce qui m'a le plus impressionné, c'est leur souci de précision et leur volonté de rester fidèle à mon livre. Ils m'ont envoyé successivement les scénarios de chaque épisode et ont fait grand cas de mes commentaires et de mes suggestions, alors que je ne suis absolument pas scénariste. Je sais comment on écrit un livre, mais j'ignore tout de la façon dont on fait une série de télévision ou un film." [Ambrose, 2002, pp. 7-8]

Mais au-delà du matériel, Tom Hanks voulait surtout montrer ce qu'ont ressenti les soldats sur le front, leurs peurs, leurs joies, leurs amitiés. La précision était également de mise pour ce registre. "Ils ont également envoyé des scénarios aux personnages principaux de cette histoire et ont interviewé des anciens de la compagnie E pour obtenir des compléments d'information. Mieux encore, chacun des comédiens choisis a téléphoné à celui dont il devait interpréter le rôle pour lui demander ce qu'il avait ressenti dans telle ou telle situation. Vous avez souri ? Vous étiez exalté ? Déprimé ? Et ainsi de suite. Tom a même réussi à persuader Dick Winters de se rendre en Angleterre pour assister au tournage" [Ambrose, 2002, p. 7-8].

Pour que les attitudes des acteurs sonnent plus juste, Tom Hanks leurs a concocté un programme d'entraînement d'une semaine dirigé par le capitaine Dale Dye. Ce dernier a servi pendant la guerre du Vietnam. Il travaille régulièrement comme conseiller militaire pour les films de guerres (Platoon, Né un quatre juillet, Il faut sauver le soldat Ryan notamment). Levés à 5 heures, exercices physiques, cours de stratégie, simulations de combat, pompes pendant 18 heures par jours, apparemment les acteurs n'ont échappé à rien (quoique je ne sais pas s'ils ont également dû se taper la bouffe de régiment !). Ils ont même testé la préparation au saut en parachute depuis les tours d'exercice. On suppose que la production ne pouvait pas se permettre d'en perdre un lors d'un saut réel. Ils devaient s'appeler par les noms de leurs personnages. Bref, ils ont appris comment bouge un soldat, comment souffre un soldat… et comment un esprit de bataillon naît entre des hommes qui ne se connaissaient pas avant l'instruction mais qui vont devoir se protéger les uns les autres au front [voir le Making of Band of Brothers sur le DVD].

Les aménagements de la fiction
Ceux qui ont lu le livre et vu la série savent que globalement les faits sont identiques. Beaucoup d'épisodes n'apparaissent pas (faire tenir trois ans d'existence en 10 heures de fiction, c'est mathématiquement nécessaire). Par exemple, durant l'épisode centré sur Haghenau dans le feuilleton, ona l'impression que la Easy a juste fait une patrouille. En fait, les soldats y sont restés plus d'un mois (du 18 janvier au 23 février 1945). Le poste d'observation a été occupé par la compagnie (notamment Webster) dès leur arrivée dans le bourg. Certaines choses sont déplacées.

Un exemple précis me revient. Dans la série, Richard Winters ordonne à Herbert Sobel de le saluer juste avant que le "général" allemand ne fasse son dernier discours à ses hommes. Nous sommes alors à Zell Am See en Autriche (10ème épisode). Winters est accompagné de Nixon et Lipton. La remarque à Sobel est donc accompagnée d'un certain panache. La réalité rapportée par Stephen E. Ambrose est différente. Cet épisode s'est déroulé dans une rue de Mourlemon après la bataille des Ardennes et Haguenau. Webster et Martin étaient dans les environs, pas Nixon et Lipton [Ambrose, 2002, p. 281]. A propos de l'officier allemand, Stephen E. Ambrose précise qu'il s'agit d'un colonel [Ambrose, 2002, p. 321 et 322].

La fiction n'a pas pu se focaliser sur tous les soldats de la compagnie. Certains n'apparaissent pas dans la mini-série, les faits dont ils ont été les auteurs ou les victimes ont été centrés sur d'autres personnages. "Forrest Guth est certainement un des caractères les plus intéressant du 3ème Peloton, néanmoins sa personnalité unique et les valeurs humaines qui le caractérisent n'ont pas été développés dans la série. Alors que son personnage figurait dans le scénario original et que tout son équipement et son uniforme avaient été reproduits d'après les originaux, il n'apparaîtra pas à l'écran. La duplication de ses effets à caractère unique a tout simplement été utilisé pour un autre personnage" [De Trez, 2002, p. 71].

Forrest Guth, surnom Goody, était celui qui bricolait les armes et qui a transformé une carabine M1 en arme automatique [De Trez, 2002, p. 65]. "Guth savait limer le crochet de chargeur d'un M-1 afin de transformer ce fusil en une arme automatique (Winters possédait un de ces "special" Guth. Il l'a gardé après sa démobilisation et l'a emmené par la suite en Corée. Malheureusement, Guth a perdu le tour de main.) " [Ambrose, 2002, p. 335].

Il faut parfois restructurer les événements pour leur donner toute leur force dramatique. Une adaptation n'est pas une simple transposition d'un énoncé écrit en image. Le texte est largement réécrit, il s'agit d'une véritable création. L'adaptation peut prendre plus ou moins de distance avec l'œuvre écrite : de la fidélité absolue (selon les mots de Eliad Tudor, le film est un "calque figuratif" ) à une liberté totale (on ne garde que postulat de départ, le thème ou l'atmosphère). Généralement, un film doit réduire le nombre de séquences narratives par rapport à un film (Patrick Cattrysse appelle ce phénomène la "simplification narrative"). Nous avons déjà dit que la mini-série passe plus vite sur certains événements. Elle en occulte d'autres. C'est normal, le film n'a pas le temps de tout reprendre. Une des distorsions fréquente dans les adaptations est donc de prendre un élément d'une scène passée sous silence et de le transposer dans une autre séquence. Tout en gardant l'esprit de l'original.

Ces "aménagements" sont-ils préjudiciables ? Qu'en ont pensé les vétérans ? Nous ne le savons pas. Dans le cas d'autres fictions, cela n'avait pas posé problème. Sabine Chalvon-Demersay a étudié la réception du feuilleton Urgences. Les deux fictions ont beaucoup de choses en commun. Un univers cohérent (on pourrait pratiquement dire "clos" sur un même propos), un groupe de personnages, un scénario consulté par les principaux intéressés, un souci de vraisemblance jusque dans les décors, costumes, accessoires, vocabulaire (j'ai déjà lu ça quelque part). Les médecins qu'elle a observés et interrogés soulignent tous l'exagération de la fiction (nombre de patients examinés, nombre de situations dramatiques proportionnellement plus élevé). "Mais en même temps, tous sont sensibles à l'exactitude et à la précision technique de tout ce qui renvoie à la partie proprement médicale. Il est d'ailleurs intéressant de regarder la série en leur compagnie : ils s'amusent à anticiper les diagnostics, s'étonnent de certains gestes ou de certaines prescriptions (ils choquent beaucoup plus souvent que nous), commentent les choix thérapeutiques (j'aurais pas fait comme ça), s'inquiètent une fraction de seconde avant les héros des incidences de leurs (mauvaises) décisions. (…) On raconte que les étudiants en médecine se servent de la série pour réviser leur QCM" [Chalvon-Demersay,1999, p. 66].

Dans Urgences, l'exagération, le transfert sur quelques médecins d'événements vécus par des milliers d'entre eux rendent la réalité du terrain mieux qu'un documentaire. On peut supposer que le procédé fonctionne dans le même sens pour Band of Brothers. Stephen E. Ambrose et les vétérans qui ont relu les scénarios n'ont pas semblé poser leur véto à la fiction. A l'heure actuelle nous n'avons récolté aucune protestation contre la réalité historique ou humaine dépeinte par la série.


     


La série Frères d'Armes (Band Of Brothers) est © Dreamworks/HBO. bob.afds.org et l'ensemble de ses pages sont uniquement informatifs. Ce dossier ne peut être vendu, copié, publié, édité sans l'autorisation écrite de ses auteurs. L'émission "Aux Frontières des Séries" est © AFDS.org/Kprod.be. Toute copie partielle ou totale de l'émission est interdite. Les quelques reproductions et les génériques qui agrémentent bob.AFDS.org ne sont là qu'à titre illustratif, ils sont © par les studios.