August von Kageneck rapporte une opération de l'armée allemande qui suivit la prise de Tarnopol en juillet 1941. "Le soir même de notre victoire, un de mes soldats, dépêché en ville pour récupérer un blindé endommagé, fut témoin d'un effroyable spectacle relevant du crime de guerre. Des hommes en tenue SS assassinèrent sauvagement tous les juifs de la ville, aidés par la population : pour économiser leurs munitions, les soldats frappaient avec des bêches et des pioches. Le massacre dura deux jours, et le nombre des victimes s'éleva à près d'un millier de juifs. […] Comme les témoins étaient plusieurs, le récit a fait le tour du bataillon et entraîné des réactions violentes de la part des hommes : c'est la première fois que je les vis enfreindre les règles de discipline pour dire à leurs officiers ce qu'ils avaient sur le cœur : ce “nettoyage” était inadmissible. Ils ne voulaient pas être complices de tels procédés. Il fallut ramener le calme dans la troupe."
[Notre histoire, 2002, p. 187-188]
HSM à propos de la peur du soldat
"Face au danger, il est plus facile d'être courageux quand on a un commandement -vingt ou cinquante soldats sous sa responsabilité et, qui plus est, qui vous regardent et comptent sur vous- que d'être seul, isolé… Un de mes amis m'a raconté l'histoire suivante. Il avait été officier, avait connu l'Indochine, les embuscades où il s'était montré très courageux. Puis il a quitté l'armée, est devenu correspondant de guerre. Il a eu pour mission de couvrir la guerre du Vietnam. Et, m'a-t-il confié, un jour il s'est retrouvé au milieu d'un accrochage. Il était journaliste, donc sans aucune responsabilité, mais sans savoir non plus ce qui se passait, et il m'a dit exactement ceci : “J'étais seul au fond de mon fossé, sans aucun ordre, sans personne qui me regardait, et j'ai été pris d'une trouille effroyable ! Parce que je n'avais plus d'exemple à donner, plus l'obligation d'être à la hauteur de ceux qui étaient courageux autour de moi."
[Notre histoire, 2002, p. 215]
AK
"L'écroulement moral d'un homme peut venir très vite. J'ai vu des officiers pleurer au plus dur des accrochages entre l'armée russe et la nôtre, pendant l'été 1942. Je me rappelle le capitaine Huebner, un officier qui commandait une compagnie de fusiliers motocyclistes dans notre bataillon. Au cours d'une contre-attaque menée par des chars, les fameux T34, il avait pratiquement perdu sa compagnie entière. Il a commencé son rapport (“J'ai perdu quatre-vingt hommes sur cent…”), et s'est effondré en larmes. Le commandant a dû le redresser et consoler comme un enfant ce soldat qui, quelques jours plus tôt, forçait l'admiration de tous par son énergie et sa détermination."
[Notre histoire, 2002, p. 218]
AK
"J'ai vécu la guerre, non pas de je ne sais quel promontoire d'où j'aurais pu apercevoir les massacres et les camps, mais au niveau de la tourelle de mon char, avec comme horizon une forêt ou un fleuve et comme perspective le risque de recevoir une balle, un éclat d'obus ou une décoration. Il m'a manqué du recul, du temps, pour m'offrir au cœur de la tourmente une réflexion sur la tragédie dont j'étais l'acteur et aussi le complice."
[Notre histoire, 2002, p. 278]
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